Mea Culpa (et agrega culpa aussi)

L'agreg' est une grosse bête chronophage et insatiable.

Voilà, tout est dit, voilà pourquoi (Pourquoi, pourquoi, pourquoiiii?) ce silence.

Le cœur du blog s'est ralenti, de plus en plus, jusqu'à n'émettre que de faibles battements, telle une marmotte hypothermique en hibernation, lassée des suites de métaphores pour exprimer mon désarroi à expliquer pourquoi j'étais pas là alors que c'est moi qui décide d'abord hé.

Voilà voilà.

On va donc faire comme si on avait rien vu, et consacrer un peu plus de temps à ce blog, au milieu de la préparation des oraux de cette satanée agreg', accrochée à moi, comme une tique à son scout.

Genre, j'ai plus le temps de dessiner, c'était un loisir, et maintenant, j'en ai simplement plus le temps, et l'envie s'est estompée, pour l'instant j'espère. Mais j'ai envie d'écrire, de déblatérer, d'ouvrir ma gueule, de dire des conneries. Bref, j'ai envie d'être un blogueur de plus. Alors le dessin, pas de retour pour tout de suite, mais un paquet de projets, liés à la BD, au comics etc. bref, vous verrez.

Pardon pour c'préambule foutraille.



mercredi 2 avril 2014

Jean Grey : "je voulais être une héroïne, pas une potiche"


Jean Grey, membre des X-Men.

Je suis déjà morte. Je suis déjà revenue à la vie. J'ai été clonée. J'ai rencontré les futurs enfants que je n'aurai jamais. Bref, une vie bien remplie.
Je suis télékinésiste et télépathe. En clair, vous ne pouvez pas grand chose contre moi, et je peux mettre le monde à genoux d'un battement de synapse. Vous devez vous dire que le sort du monde a toujours été pendu à mes désirs, mes volontés, au moindre de mes claquements de doigt.


Et bien non. Car je ne suis qu'une super-héroïne. En fait non, je suis la compagne d'une super-héros, l'amie d'un groupe de super-héros. 

Au lycée, je n'étais pas des joueuses d'échecs férues de maths rejetées au fond de la classe et du bal de promo. Je n'étais pas non plus des pom-poms ultrabright souples, flexibles, incisives. J'étais entre les deux. Un jour j'ai fait exploser la caboche d'un voisin qui voulait m'agresser … Vous le savez bien que je plaisante. Une jeune fille découvre ses pouvoirs que de façon anodine. J'ai dû faire bouger une chaise, rattraper mon poudrier, faire glisser ma rivale – celle qui draguait mon quaterback. Et j'ai rencontré Scott Summers. Beau, imposant, réservé, sa mutation est un reflet de ses blessures secrètes : une puissance mortelle qui impose un contrôle constant. Un beau mec quoi, avec des blessures. Un prototype de héros, lisse, propre. Si on m'avait dit qu'il deviendrait si froid, froid au point de se taper ce glaçon de Frost, je... Mais c'est pas la question.


"Reste derrière Jean. Nous on est utiles. On lance des boules de neige."


Comme vous le savez, rapidement, nous avons formé un groupe. 4 mecs, une fille. Quatre puissances brutes, une fille. C'est comme ça. Un gigolo qui vole, un intello bleu bestial, un stratège du combat à distance, un glaçon charismatique et … une fille. Chacun plaisait par ses qualités propres, moi surtout parce que j'étais moi, douce, compréhensive, impulsive quand il fallait. On se l'est souvent dit avec Susan Richards, nous sommes la caution fragilité, la mention ce groupe est puissant mais glamour. Alors que ces rigolos ne seraient rien sans nous. En tant que super-héroïne, je dois être sensible, secourir mon mec, mes amis, faire des erreurs, hésiter. En tant que super-héroïne, et jeune super-héroïne, je devais apprendre à aimer en même temps que j'apprenais à maîtriser ma force. En tant que super-héroïne, j'étais avant tout une femme. Une demoiselle pas trop en détresse, qui peut se débrouiller seule, mais pas trop.

J'ai porté des costumes aussi. Il fallait qu'on ait du charisme et qu'on plaise, comme disait Scott. J'ai donc porté du lycra. Comme leader musculeux il portait un costume moulant. Mais rien ne moulait ce dont il était le plus fier. Jamais son intimité n'a été un étendard. Moi si. Mes seins n'ont jamais été aussi engoncées que dans mes costumes. Je suis télépathe, je suis télékinésiste, je n'ai pas besoin qu'on voit mes muscles, et encore moins mes seins écrasées et saillants. C'est ça aussi être une super-héroïne, être sexy. Ça semble pas vous étonner. Mais pourquoi faire ? Je peux aussi décapiter le Fléau d'un battement de cil en jogging. Et pour être sexy, fermez les yeux, vos fantasmes les plus crus vous feront jouir en moins de deux.


 Non, pas simplement dévier une roquette. Mais supporter des talons, éviter à ma jupe de se soulever, réussir à respirer dans ce latex, maintenir mon brushing sauvage et tenir la pause. Mon job.



Mais non, je n'étais qu'une potiche. Les forces surhumaines, c'est pour les mecs. Le contrôle mental, pour notre mentor, le Professeur. Plus les années passaient, plus les filles nous rejoignaient chez les X-Men (Men, as usual...). Ororo contrôle la météo, Kitty passe à travers les murs, Emma contrôle les esprits. Ah tiens, comme moi. Et comme moi, elle va se taper le mec, le vrai, le seul de l'équipe. Nous les filles on est pas faites pour le combat bien viril, on reste proches de Mère Nature, on évite les coups, on détraque bassement vos esprits. Et un jour, Emma a subi une nouvelle mutation. Elle pouvait se changer en diamant. La goutte d'eau. Elle a évolué hein. C'est un diamant. La féminité incarnée. Pour vous, hein, nous ne sommes que des bijoux. Des super-bijoux. C'est tout, c'est toujours ainsi. TOUJOURS.


....


Pardon, je ne voulais pas. J'ai plus de mal à me contrôler maintenant. J'espère que vous n'avez pas eu trop mal, je... pardonnez-moi mais vous voyez, à force de se contenir.

Vous savez, j'avais réussi à me détacher de l'emprise de Scott. Il était toujours là, mystérieux, tellement secret que je ne lisais même pas en lui. Mais il était beau. Tout le monde me le répétait. Personne ne voulait croire que je ne pouvais être heureuse. Puis j'ai appris ce qu'il était. Un pervers narcissique. Il m'étouffait, et personne ne voulait le croire. J'ai décidé de prendre le large.


Mais ça n'a pas duré. On aurait dit que je ne pouvait pas rester libre. Une super-héroïne ne peut pas vivre sans une idylle, sans un héros pour la révéler à elle-même. Le bad boy est arrivé, Wolverine. Mon cœur de midinette complètement chamboulé. Pourtant j'avais grandi, j'avais changé. Comme si je ne pouvais pas cesser d'être sottement attachée à l'amour. Je sais que je suis plus forte que ça, mais c'est comme écrit d'avance : ma fille, t'as beau pouvoir tout faire, faut du sentiment.
Pendant ce temps, tout le monde apprend à maîtriser ses pouvoirs. Et moi je continue à être la caution glamour, l'amoureuse.







                                                                Always the same story...




Et puis un jour, marre. Vraiment marre. Vous savez la suite, le Phénix, la fin du Monde tout ça. Mais avant, je me sacrifie, je veux sauver les X-Men. Oui, depuis toujours faite pour ce sacrifice. Je n'étais plus une jeune fille vous savez. Je n'étais plus seulement belle, seulement sexy. J'avais appris à protéger, comme une vraie mère. Le jour où j'ai révélé tout mon pouvoir, je me suis sacrifiée pour les sauver, tous, tous les X-Men. Dans l'espace, ou... je ne sais plus trop. Putain, j'aurais pu faire tellement avec ses pouvoirs, pourquoi je m'en suis pas sortie. 


Ah mais j'en suis sortie. Je suis revenue méchante, bouuuh, Le Phénix Noir. J'ai failli tout détruire, tout le monde me craignait. Je n'étais qu'émotions pures. Parce que ma puissance pouvait pas être pure elle, fallait encore que ce soit impulsif, irréfléchi. Pas être un super-vilain avant d'être une meuf tarée qui explose. J'allais le faire, j'allais leur montrer et... Non, encore une fois, je suis faible, une femme. L'amour. Scott, ou Wolvy, je ne sais plus. Un homme en tout cas, un homme me ramène à la raison, je redeviens gentille. Et être gentille, c'est se conformer aux volontés de l'équipe, aux volontés des mecs, des vrais héros, ceux qui saignent.



Pleurer, avoir des amis: Phénix domestiqué



Oui, j'y viens, j'y viens. Je n'ai plus grand chose à dire. Je n'en peux plus. Vous avez entendu parler de Psylocke ? Ah oui, ça, ça vous vous en rappelez. Vous savez quoi ? J'ai rarement vu un mutant si puissant. Elle pouvait tout faire, tout détruire. Et vous savez pourquoi elle pleurait le soir ? Pas des grandes responsabilités qu'impose un grand pouvoir non, elle pleurait de devoir se pavaner à moitié nue, tout le temps, toujours. Vous avez déjà essayé d'être pris au sérieux, en string, avec votre cravate et vos bretelles vous ? 

Être une super-héroïne, C'est ça ? Et la Sorcière Rouge, vous savez qui c'est hein. Contrôler la réalité. Pouvoir mettre la terre en boîte. Magie de la super-héroïne : des talons aiguilles, un corset, Moulin Rouge avec une cape. Et puissance maximum quand son frère est tué. Une réaction émotive, juste un enfantillage d'une pauv'fille incapable de maîtriser sa putain de force.


Avant d'être puissantes, avant d'être des mutants responsables, nous sommes des femmes, nous sommes ce qu'on voit comme des femmes, comme des caricatures. Notre pouvoir n'est qu'une façade, nous ne serons jamais qu'une vitrine pour ces messieurs. Et les vitrines, moi je les brise.


Je ne me justifie pas. Je voulais qu'on voit que je n'étais pas qu'une greluche. Je n'ai pas le goût du sang. Mais la sauce a débordé. Il voulait encore que je porte du latex aujourd'hui. Oui Oui, Scott et moi c'est, c'était reparti. Je n'ai pas voulu, je peux détruire une Sentinelle sans parader comme ça. Fais ce que je dis, je dirige cette équipe. Non, non, je ne veux pas. Fais-le. Sa poigne sur son bras, ses muscles saillants, respirant la force physique, transpirant le mâle, le puissant. Pas si puissant. Un esprit finalement faible. Je n'ai eu qu'à serrer les dents. Un léger craquement. Je ne sais pas trop, un AVC, un coup du lapin ? Ça ne m'intéresse pas. Je ne me suis pas vengée, je me suis défendue. Mes pouvoirs sont les miens, je les ai utilisés pour me défendre. Je n'ai pas tué un héros. J'ai réagi à une agression répétée. J'ai agi comme je le voulais. J'ai pas fait mon caprice, ma colère. J'ai pas voulu venger toutes les héroïnes le cul à l'air. Mon pouvoir imposait de grandes responsabilités, j'ai agi en héroïne.

Maintenant je suis Jean Grey, libre. Et vous ne vous souviendrez de rien, Inspecteur.

2 commentaires:

  1. Hummm... Que j'aime ce réalisme dès lors qu'on parle de super-héros. Ça leur redonne de la gueule, du coffre. Bim, je te prends ton statut d'icône et je te le redescend sur terre. Surtout que ton point de vue féministe à propos de Jean Grey s'adapte parfaitement à notre actualité, où l'on se doit de fustiger l'hyper-sexualité et le rabaissement à l'arrière plan de certaines super-héroïnes : Psylocke, Electra and Co..

    Après, les amateurs de pulp - qui font le ciment d'une grande partie du lectorat de comics et dont je fait partie- seront toujours aux aboies d'une fesse qui dépasse ou d'un décolleté affriolant. Oui, j'aime les super-héroïnes modernes : sexy et bad-ass en même temps. ( C'est pour ça que j'aime Warren Ellis ;)

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  2. Mais tellement, c'est tellement ça ! Si seulement il faisait un truc dans le genre chez Marvel, même hors continuité même dans un what if, ce serait tellement cool...

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