Mea Culpa (et agrega culpa aussi)

L'agreg' est une grosse bête chronophage et insatiable.

Voilà, tout est dit, voilà pourquoi (Pourquoi, pourquoi, pourquoiiii?) ce silence.

Le cœur du blog s'est ralenti, de plus en plus, jusqu'à n'émettre que de faibles battements, telle une marmotte hypothermique en hibernation, lassée des suites de métaphores pour exprimer mon désarroi à expliquer pourquoi j'étais pas là alors que c'est moi qui décide d'abord hé.

Voilà voilà.

On va donc faire comme si on avait rien vu, et consacrer un peu plus de temps à ce blog, au milieu de la préparation des oraux de cette satanée agreg', accrochée à moi, comme une tique à son scout.

Genre, j'ai plus le temps de dessiner, c'était un loisir, et maintenant, j'en ai simplement plus le temps, et l'envie s'est estompée, pour l'instant j'espère. Mais j'ai envie d'écrire, de déblatérer, d'ouvrir ma gueule, de dire des conneries. Bref, j'ai envie d'être un blogueur de plus. Alors le dessin, pas de retour pour tout de suite, mais un paquet de projets, liés à la BD, au comics etc. bref, vous verrez.

Pardon pour c'préambule foutraille.



samedi 29 mars 2014

Expo marvel ? Un coup de pelle.


Exposition Marvel au Musée des Arts Ludiques : Ce sera là la seule information neutre de cet article, z'êtes prévenus.

 

 


Soyons clair, j'adore l'univers Marvel. Depuis tout jeune je m'intéresse aux persos, à leurs relations, aux métaphores que peut cacher tout ça. Bref, j'aime les donzelles et donzeaux en collants.

Mais je trouve plus de plaisir dans les super-héros que dans les patineurs.

Alors quand Le Musée des Arts Ludiques annonçait une exposition sur les super-héros et Marvel, j'étais aux anges, plein d'attentes, et impatient. Et, comment dire, ce fut comme une douche froide sans Norman Bates. DECEPTION. Et je vais tenter de vous dire pourquoi, en essayant de contrôler – un tant soit peu – mes sarcasmes.

Pour commencer et pour être honnête, il y a des points positifs. Ah non, en fait il n'y en a qu'un. Les illustrations choisies sont de toute bôôté. Les planches de dessin numérique des films Marvel en grand format sont bluffantes, même si le film prend ainsi les ¾ de la place sur les comics, les planches encrées sont magnifiques mais sans légendes... Ah non, tiens on dérive vers les points négatifs. Alors on y va, c'est joli et on présente les artistes, les scénaristes et dessinateurs (ce qui est rare), MAIS....

Avant de rentrer dans l'expo. Joie.

On va faire des sections thématiques pour s'y retrouver un peu.

L'organisation :


Tout commence bien, on entre dans une salle consacrée à Captain America. Un témoignage de Stan Lee sur les comics, et leur entrée au musée. Cool. L'interview de S.Lee dure 2 min. « Ce serait bien de voir les super-héros au musée ». Ok, bon, y'en aura sûrement d'autres des vidéos hein (j'aime pas le suspens, alors je vous le dis tout de go, les vidéos de l'expo valent leur pesant de cacahouètes. C'est Ciel ma Tautologie).

Un cartel nous indique que Captain America a été créé en en pleine guerre mondiale (en 1940) et que blablablabla. Ben non justement, le blabla, y'en a pas. Toutes les descriptions de l'expo tiennent en 4 lignes. Merci Wikipédia. Un cartel d'explications et on a toute une salle de planches de comics, de storyboards. Rien, pas un mot dessus. Rien sur l'évolution des personnages, rien sur leur parcours. Le cartel sert d'introduction à la salle: c'est malheureux de voir que le monde des X-Men si riche tient en "Ce sont les enfants de l'atome, parce que à cette époque l'atome on en avait peur. Ils ont peur d'être rejetés alors ils se rassemblent." Que le parolier d'Amel Bent se dénonce.

Le bouquet : à côté des gros bonhommes, les Vengeurs, les 4 Fantastiques et les X-Men, on a les petiots. Le Punisher a un cartel rikiki et 2 illustrations, Iron Fist de même. On se demande pourquoi ils sont là. Ah oui, un couloir à remplir. Au temps pour moi.

En fait, tout a l'air d'être rempli, mais c'est du vent. Prenons l'exemple de la salle « consacrée » aux X-Men : un cartel aussi petit qu'un nem, et après... ben plus rien. On regarde des planches, des couvertures, c'est beau. Mais c'est tout. Z'allez me dire, mais on vient pour ça, pour voir des trucs ! Oui, mais pas que. Une expo qui veut porter « sur les super-héros », sur « Marvel », doit montrer une progression, une évolution, des styles, des univers, des personnages. Mais non, tout est mélangé, pas de chronologie. Un chatoiement d'illustrations sans ordre.
Genre, ne pas mettre les premières planches de chaque licence, ne pas montrer les premières planches patriotiques de Captain America, qui ont une vraie valeur historique ? Ben non.


Ne pas s'énerver.

J'étais mal à l'aise pendant toute l'exposition, je cherchais le but, mais pourquoi ? Pourquoi nous mettre tout ça sous les yeux sans explications. Ce n'est pas une galerie d'arts, pas un espace commercial, on n'est pas là pour choisir, mais pour s'instruire. Être ludique : trouver l'équilibre entre le divertissement et le savoir. Ben moi j'ai trouvé ni l'un ni l'autre.


L'expo pour les moutons : 

 
C'est un peu ça : « Regardez les gens, toutes les jolies images. Regardez, c'est joli ! Hein ? Mais on s'en fout de savoir qui c'est lui, et d'où il vient, et pourquoi on l'a créé ! Nous on veut que tu le trouves joli, et que t'aies envie d'acheter. » Oui mais d'acheter quoi ? C'est simple. On le voit dès la première salle.


L'expo sur les films Marvel, rien à foutre des comics : 
 
Voilà, et c'est triste. Dès la salle sur Captain America, le ton est posé. C'est une expo sur les films, sur la licence des films Marvel. Les recherches magnifiques sur chaque personnage ont beau être magnifiques, ce sont des appels du pied, qui prennent toute la place. A peu près les 3/5e de toute l'expo sont consacrés aux films. On reconnaît Chris Evans, S.Johansson, R.Downey. Bref, on est émerveillés, on les reconnaît, on reconnaît la moto de Captain America, le masque d'Iron Man dans le film et …. STOP. Là, c'en était trop pour moi. J'étais dans un magasin de goodies de films, un prétexte gros comme un morse pour cacher les deux mains qui se frottent avidement. Et moi qui comme un con me demandait pourquoi il y avait si peu d'explications... Non non, ce sont les films que vous allez voir décortiqués là. Même pas décortiqués d'ailleurs, juste un reflet, des images inédites, des bonus en fait. Vous serez bien contents, vous aurez vu ce que vous connaissez, mais sans rien apprendre.
Et attention, je veux pas vous spoiler, mais à la fin de l'exposition, on a toute une salle consacrée au prochain film de Marvel... Dont le seul intérêt est de.... vous rappeler d'aller acheter prochainement un ticket de cinéma. Là, je n'en pouvais plus, aucun livre d'or, et c'est tant mieux. Prendre les gens pour des vaches à lait à ce point, c'est dégueulasse.

Ahah, prends-ça créativité, prends ça univers riche, prends-ça l'amateur !

Ah encore un truc : dans la dernière salle, un écran projette des extraits des films et montre combien les illustrations présentées collent aux séquences des films. Ben oui, on a renversé le schmilblick, le dessin, la création au service de la mise en image, du film, de l'industrie, du marketing. Passez à la trappe comics, univers fantastiques, on va vous servir bien assaisonnés, bien à la mode licence fructueuse. Le comics n'est plus qu'un prétexte, plus qu'un écran de fumée, une belle expo pour consommateurs bien contents de mater des « inédits », de pas se poser de questions.


Maintenant que vous aurez compris qu'il s'agit là d'une expo qui ne vous apprendra rien si ce n'est que c'est beau le travail d'un artiste du numérique et que y'a des films de la licence que vous avez pas vus, qu'il vaut mieux voir des films qu'acheter des comics hein, voyons des problèmes de fond.

« Mais qu'est-ce-qu'il raconte ? »


A certains endroits, des écrans vous racontent des trucs sur les super-héros. Je me suis dit, chouette, des infos qui viennent d'historiens, de philosophes, de scénaristes, d'artistes ! Renouveler un peu la perception du genre ! Mais quel con ! Pourquoi faire si bien ? Mieux vaut prendre les visiteurs pour des imbéciles. Ces messieurs le philosophe et l'historien, on sent bien qu'ils se débattent. Ils lancent des pistes intéressantes, sur le statut du héros antique/moderne, sur la symbolique des couleurs etc, mais rien ne décolle, rien de dépasse le stade des banalités. « Quand on met du jaune, ça rappelle l'électricité ». A cette phrase, un gamin (pas plus de 10 ans), soupire et s'éloigne. Que dire de plus ?

Super idée d'inviter des artistes pour parler du travail des dessinateurs de comics, dont le frenchie Olivier Coipel (gaaaaaah!). Mais non. L'impression d'être dans une séance de dédicace. J'étais embarrassé de voir qu'on demandait à O.Coipel de décrire comment il dessinait Spiderman : « ben, je commence par la tête, et après je fais le reste du corps et puis, et puis... ».

 Voilà, génial de faire intervenir des auteurs de comics, mais j'avais l'impression de retourner dans la cour du collège : « hé toi tu sais dessiner ? Tu fais comment ? »
 - Ah, ça t'intéresse ? Ben écoute, moi j'aime bien m'inspirer des super-héros d'univers différents, et j'essaie toujours de...
- Nan mais dessine, cause pas, c'est mieux, allez, fais moi un monstre ».

Tristesse.

Attends, je me sors de cette expo et j'te rappelle.


Ah et puis, je n'ai rien contre J.Sfar et Zep, leurs boulots de qualités m'ont toujours accompagné dans mon parcours de lecteur. Mais que font-ils là à enfiler des perles sans discontinuer sur un sujet – les comics – qu'ils ont sûrement connu, mais ne connaissent pas de l'intérieur ? Où sont les dessinateurs de comics français, les autres ? Ah mais non. Marketing vous dîtes ? Deux auteurs super-connus valent-ils mieux que des professionnels du comics ? Ah ben oui, je suis con. Encore.


Le sexisme :


Pour finir, parce que sinon ça va me prendre toute la vie. Y'a une grande absence dans cette exposition. Ou plutôt une absente de taille : la super-héroïne. On se dirait presque « oh, c'est principalement des héros masculins qui sont les leaders, c'est normal ». Déjà, je vois pas en quoi c'est normal, connard (oui parfois j'insulte mon moi dialogique quand il déraille), mais ça ne s'arrête pas là.

 La salle des Vengeurs consacre à tous les personnages principaux de l'équipe un petit secteur de la salle. Mais non, pas tous, car une pauvre demoiselle résiste encore et toujours, ah c'est bien sa faute. Le parti-pris cinématographique de présenter les Vengeurs du film Avengers aurait conduit à évoquer Black Widow (Veuve Noire). Ben non. Rien sur elle. D'une c'est une femme, de deux il n'y a pas d'objets à son effigie à vendre à la boutique (on y reviendra). Sa seule présence : une toile taille humaine de Scarlet Johansson, de dos, bref, on voit ses fesses, ses courbes moulées. Et c'est tout. C'est bien suffisant pour le visiteur « moyen » que veut cibler le musée. L'adolescent et le geek débile qui se paluche sans concession devant Avengers. Où est la Sorcière Rouge ?
La salle sur les X-men est pour moi la plus insultante, les persos féminins étant pourtant très présents dans l'univers des mutants, en formant un noyau dur. Que nenni, rien sur une figure féminine. Ah si, j'oubliais, un joli choix de planches. Seins, fesses, bouches ouvertes, vous verrez Tornade, Malicia, Jean Grey dans toutes les positions.
Comment vendre ? Ah ben, encore cette question tiens.

Les filles de l'expo. En gros.


Ah et je vous avais dit que dans la salle des 4 Fantastiques, Susan Richards n'a qu'une seule représentation perso, habillée en belle bourgeoise, en rose, et envoyant un « baiser à tous ses fans » ?
Voilà.
Le machisme déroutant de cette exposition, où la parole n'est donné qu'à de gentils « experts » mâles qui s'adressent aux « petits garçons » qui lisent les comics m'a vraiment interpellé. Je pensais pas qu'il me frapperait comme ça. Là, c'était flagrant.


Acheter, payer, se faire plumer :


Bref, pour finir, parlons fric, flouze. 15€ l'entrée, avec réduction. Oui, plus cher que le tarif plein du Louvre. Tu m'étonnes que tu t'attendes à quelque chose de bien en y entrant, et que t'as qu'une envie, déchirer un livre d'or en sortant. Purée, le mec qui l'a fait avant moi, j'te hais, ça soulage.
Ah et pour 15€, vous avez des comics d'excellente qualité à vous acheter/à offrir. Je dis ça, moi hein.

Et la boutique : ben, allez dans vos Magasins Album quoi. C'est la même chose. Ah non, vous pouvez aussi acheter des statuettes à 400€ et des mugs à 25€. Comment ça, une expo pour pigeons ?


Pour résumer :

 L'Expo Marvel est jolie. Voilà. On admire le travail des dessinateurs. Mais ça s'arrête là. Pour moi, les scénaristes sont oubliés, gommés, effacés. Un coup de Charles Xavier ? Sûrement. On est devant un album Panini, de jolis autocollants, de grand format, INEDITS. On appuie sur ce qui fait vendre, on montre le bouclier de Captain America (MAIS SIIIII CELUI DU FILM). Bref, on prend l'amateur de comics pour un idiot, un décérébré qui lit pas le texte dans les cases, dans les bulles. Un décérébré qui voit dans la femme une paire de seins dans du latex. Un lecteur qui ne peut jamais être une lectrice (d'ailleurs, faudrait mettre un autocollant à l'entrée : déconseillé aux femmes, ce monde n'est pas le vôtre). On prend tellement l'amateur de Marvel pour une buse qu'on ne cherche à lui expliquer rien du tout.

Je suis déçu, déçu par toutes les possibilités qui auraient pu voir le jour avec cette expo, enfin reconnaître un apport culturel à la culture pop', un fond philosophique, sociologique. Une vraie expo quoi, un vrai musée quoi. Wanda Maximoff, claque des doigts s'il te plaît : « Qu'il n'y ait plus d'expo déshonorante ». Merci.


1 commentaire:

  1. Ca a l'air tout aussi mauvais que l'expo pixar qui m'a donné envie de faire à peu près les mêmes reproches.

    Par contre ne touche plus jamais à Amel Bent, ni aux nems (team eurasian & proud) ;)))

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